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[ARMÉNIE] Témoignage de Sophie et Jeanne : " Les visages des enfants étaient aussi rayonnants que les lumières de la crèche "

Sophie, élève sage-femme, et Jeanne, diplômée de sciences-politiques, toutes deux 21 ans, ont décidé de mettre 10 mois et 1 an de leur vie au service des enfants du centre éducatif des sœurs de l’Immaculée Conception (Our Lady of Armenia) à Gumri en Arménie.


En Arménie depuis cinq mois, nous ne voyons toujours pas le temps passer ! Pourtant, nous avons senti l’air se rafraîchir petit à petit, jusqu’à devenir tout à fait glacial. Les températures

dépassent peu la barre du 0 degré. Il neige de temps en temps mais le ciel est clair et l’air est sec. N’ayant pas d’affaires pour affronter l’hiver, nous avons emprunté quelques vêtements chauds dans la garde-robe de l’orphelinat. Ainsi, il ne nous est pas possible de sortir sans notre bonnet, notre grosse écharpe, nos gants et surtout notre doudoune des années 80 !

Puisqu’il serait triste de ne parler que de la pluie et du beau temps dans ce deuxième rapport, nous allons vous raconter un peu ces deux derniers mois de festivités…

” Ne pensez pas que l’amour, pour être authentique, doit être extraordinaire.

Ce dont nous avons besoin, c’est d’aimer sans nous fatiguer. “
Mère Teresa

 

Le projet Fratello 

Fratello, avec qui nous avons été en lien pour la 5ème journée mondiale des Pauvres au mois de novembre, nous a également proposé de participer à une Crèche des Pauvres. Le projet était de réaliser une « crèche internationale » en rassemblant à Rome des santons provenant des quatre coins du monde. L’Arménie a été choisie pour réaliser Saint Joseph. Les enfants du centre Entanik, aidés de leur professeur de sculpture, ont donc réalisé une statuette en bois. Cette crèche avait deux objectifs : « offrir au Pape un cadeau symbolique de la part des Pauvres du monde entier, témoignant de la fraternité entre les hommes et de l’importance de la place des Pauvres au sein de l’Église et montrer l’universalité et la diversité de l’Église ».

Sourp Tsenund « Sainte Naissance »

Les sœurs étant catholiques, nous avons fêté Noël le 24 décembre. Cependant, l’Arménie est un pays apostolique (orthodoxe). Noël se célèbre donc le 6 janvier, jour de l’Épiphanie pour nous. Les enfants venant pour la plupart de familles apostoliques, ils fêtent plusieurs Noël ! Héloïse, une amie de Sophie venue quelques jours en Arménie, a pu partager un bout de notre mission. Elle a découvert la vie au centre, au plus grand bonheur des enfants qui sont toujours heureux de découvrir de nouvelles têtes. Elle nous a accompagné dans cette semaine de Noël bien chargée ! Immersion totale dans la culture du pays, jusqu’à oser la manucure arménienne. Nous l’avons bien évidemment accompagné dans cette expérience, nos ongles devant être fait pour les fêtes arméniennes !

Après la messe de Noël, nous avons fait une procession avec des cierges. Une fois rentrés à l’orphelinat, nous en avons refait une avec les sœurs et les enfants, une bougie allumée dans la main, jusque dans la chapelle où nous avons chanté des chants de Noël. Les visages des enfants étaient aussi rayonnants que les lumières de la crèche. C’est Emanuel, le benjamin de l’orphelinat, qui a déposé avec délicatesse le Petit Jésus dans son berceau. Puis, moment tant attendu par les enfants, nous nous sommes dirigés vers la salle à manger. Toute décorée, une table remplie de cadeaux
trônait dans la pièce. « Dzmer Papik, Dzmer Papik ! » (« le Père Noël, le Père Noël ! ») appelaient les enfants. Nous nous attendions à voir arriver une Kuyr (sœur) Serpuhi munie d’une barbe et d’une grosse bedaine… mais non, quand même pas ! Bien que son sévère habit noir n’ait pas grand-chose à voir avec la tenue rouge pétard du Papa Noël, Kuyr Serpuhi en remplit tout aussi bien les fonctions ! Quelle joie de voir les enfants accourir vers elle en entendant leur prénom. Les plus jeunes d’abord ! Tout le monde frappe dans ses mains, l’ambiance est à son comble ! La salle est un joyeux bazar : trente enfants surexcités qui ouvrent leurs cadeaux, on vous laisse imaginer… Des cris de joie résonnent dans la pièce, des bonds accompagnent l’ouverture des paquets ! Les enfants, des étoiles dans les yeux, sautent dans les bras des sœurs pour les remercier ! Le lendemain, à notre plus grande surprise, les enfants ont à nouveau reçu des cadeaux de la part d’un donateur étranger. « Le Nouvel An en avance ! » nous annoncent les sœurs. Puis, dans l’après-midi, nous avons assisté au spectacle de Noël préparé par Sœur Mariam. Les enfants nous ont bien fait rire ! Après avoir écouté les enfants chanter chacun leur tour, nous nous sommes laissées entraîner dans la chorée préparée par Sœur Serpuhi.

Avant son départ pour Philadelphie quelques jours plus Kuyr Hovhanna préparé a les soigneusement cadeaux en veillant à respecter les souhaits des enfants écrits dans leurs lettres. Nous étions impressionnées de voir la manière dont les sœurs ont réussi à leur faire plaisir en utilisant les (très nombreux) dons de la « caverne de Kuyr Hovhanna » (cave dans laquelle elle a passé une grande partie des mois d’octobre et novembre à ranger les montagnes tôt, de dons accumulés au fil des années). Bref, un Noël avec la joie des enfants qui n’ont pas la chance d’avoir tout ça chez eux, c’est un vrai Noël qui réchauffe le cœur !

« Sa zhamatsuyts e yev sa tetr e ! » (« Ça, c’est une montre et ça, c’est un carnet ! ») nous dit fièrement Anahit, une des grandes filles de l’orphelinat, en nous montrant délicatement ses cadeaux emballés qu’elle n’avait pas l’air de vouloir ouvrir. Plus tard, elle nous a confié qu’elle ne voulait pas les déballer afin de les garder pour sa sœur aînée qu’elle allait bientôt voir. Après le Noël catholique, pendant les vacances, les enfants sont rentrés dans leurs « familles » pour y fêter le Nouvel An et leur deuxième Noël. Pour la plupart, chez leur mère, pour certains, chez leurs grands-parents ou bien chez des oncles et tantes. Ce sont les premières vacances de Noël pendant lesquelles les enfants sont retournés chez eux. Il est très important pour les sœurs que les enfants puissent rentrer dans leurs familles. Sœur Nariné nous répète souvent : « Malgré tout l’amour que nous pouvons leur donner, rien ne remplace une mère ». Cette année, elles ont réussi à trouver un foyer pour chacun ! Les couloirs de l’orphelinat nous ont paru bien vide pendant un certain temps. Plus de cris, de rires, de pleurs simplement le calme d’un bâtiment. Et pendant ce temps, les sœurs n’ont pas chômé puisqu’elles ont récuré tout l’orphelinat !

 

D’autres aventures sont à suivre…