• Actualités

Des nouvelles du Père Ziad : "l’ambassadeur des enfants de Homs"

 

ll faut absolument sortir de la logique de la haine qui prévaut en Syrie, œuvrer à la réconciliation… L’espoir passe par les enfants”, confie le Père jésuite Ziad Hilal, à peine débarqué à Genève d’un vol en provenance de Beyrouth. Le religieux syrien de 38 ans s’est absenté quelques jours de la ville martyre de Homs, pour trouver soutiens et argent pour financer les institutions scolaires qu’il a fondées ce printemps avec d’autres religieux en Syrie.

Le Père Ziad veut transmettre un message d’espoir pour l’avenir de la Syrie. Il mise sur la nouvelle génération et sur le développement de la société civile.

D’aucuns ont qualifié le Père Ziad Hilal d'”ambassadeur des enfants de Homs et des opprimés“. Mais lui se veut un ambassadeur “humanitaire et pas politique“, précise-t-il dans un français parfait. Ses écoles accueillent près d’un millier d’enfants de toute provenance, venant tant des communautés chrétiennes que des quartiers sunnites et alaouites.

Pouvez-vous nous décrire la vie dans le centre historique de Homs, où se trouve la Résidence des Pères jésuites, là où vit encore le Père Frans van der Lugt, dans le quartier chrétien de Boustan al-Diwan.

Père Ziad: Aujourd’hui Boustan al-Diwan, occupé par l’Armée syrienne libre (ASL), est vidé de sa population chrétienne depuis le 21 février, lorsque l’armée syrienne s’est retirée de la vieille ville. Les chrétiens ont eu peur de la vengeance des insurgés et ils avaient raison !

Il ne reste plus dans le quartier qu’environ 70 chrétiens et 2 à 300 musulmans. Le Père Frans van der Lugt a dit qu’il ne quittera pas le quartier tant qu’il y aura des gens dans le besoin. Il accueille des gens chez lui, célèbre la messe, organise des méditations. Une famille de cinq musulmans, des réfugiés, vivent encore à la Résidence. Jusqu’en juillet, elle hébergeait 35 réfugiés. Une cinquantaine de personnes ont pu quitter le quartier, qui est encerclé, après une négociation avec les deux camps.

Ils ont pu sortir grâce aussi au Père Michel Nouamann, un prêtre syriaque catholique. Il consacre tout son temps à négocier entre les deux camps. Il s’engage pour ces gens encerclés, afin de venir à leur secours pour les faire sortir de la vieille-ville sains et saufs. Un brave homme de Dieu.

Vous jouez le rôle de médiateur ?

Père Ziad: Effectivement, je fais partie des médiateurs qui interviennent pour faire libérer des personnes des deux camps retenues comme otages, avec le Père Michel Nouamann et un comité de réconciliation. Des snipers, installés par les deux parties en conflit, empêchent toute sortie de la vieille-ville. Il faut alors négocier pour leur permettre de sortir du quartier sans qu’ils se fassent tirer dessus.

Dans cette zone de Homs (la vieille-ville) – une cité qui compte près de 1,3 million d’habitants –, la vie s’est arrêtée. Les magasins sont fermés ou détruits, les gens vivent de réserves, mais on ne sait pas comment. Les rues sont dévastées, sans eau ni électricité. Ici, c’est une ville fantôme, désertée. Les gens qui restent s’aident les uns les autres, cherchent de l’eau, de la nourriture… Mais il n’y a pas de travail.

Les combats n’ont pas épargné les lieux de culte et les chrétiens ont fui…

Père Ziad: La plupart des églises des quartiers d’al-Hamidiyeh et de Boustan al-Diwan ont été endommagées voire détruites: l’église des jésuites Notre-Dame, à Bab Sbaa, l’église protestante, l’église grecque-orthodoxe Saint-Antoine, l’église grecque-catholique Notre-Dame de la Paix, l’autre église des jésuites, l’église grecque-orthodoxe des Quarante-martyrs, l’église syriaque-orthodoxe Notre-Dame de la Ceinture, la cathédrale syriaque-catholique du Saint-Esprit, l’église grecque-orthodoxe Saint-Georges, dont il ne reste plus que les murs extérieurs. Les mosquées aussi ont été endommagées…

La vie s’est arrêtée et la majorité des chrétiens – au moins 80’000 sur 120’000 – ont fui pour trouver refuge essentiellement dans le Wadi al-Nassara (la Vallée des Chrétiens ou des Nazaréens), à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest, à Marmarita, Safita, Al-Hosn… D’autres sont partis s’installer à Damas ou à Alep, ayant tout perdu dans les bombardements de Homs. Le reste s’est installé dans d’autres quartiers de Homs épargnés, ou dans les villages chrétiens de Zeidal ou de Feyrouz, à quelques kilomètres de Homs.

Avez-vous un message à nous transmettre ?

Père Ziad: Il faut admettre que les grandes associations, comme le Croissant Rouge syrien, n’arrivent pas à faire leur travail à satisfaction et à répondre à l’ensemble des besoins de la population. C’est seulement les associations privées, notamment les comités d’entraide des communautés chrétiennes et musulmanes qui fournissent de l’aide. Ils collaborent quelquefois ensemble.

Nous pouvons compter sur “le comité orthodoxe de l’aide humanitaire et de développement”, et “le Service Jésuite des Réfugiés” (JRS), une organisation catholique qui vient en aide à tous ceux qui sont obligés de fuir leurs maisons pour raison de conflit, de désastre humanitaire ou de violations des droits humains.

Si vous aviez fait cela à Homs il y a vingt ans, on aurait évité la guerre…

Le JRS apporte son aide à Damas, Homs et Alep. Il nous aide à la rescolarisation des enfants, car de nombreuses écoles sont fermées depuis février dernier. Notre méthode, à part les études nécessaires à une scolarisation normale, insiste sur les classes de vie, à savoir la paix, la réconciliation, le respect mutuel… Il y a quelques jours, le nouveau gouverneur de Homs, Ahmad Mounir Mohamed, qui est sunnite, a déclaré que notre projet était le meilleur de toute la région !

Si vous aviez fait cela à Homs il y a vingt ans, on aurait évité la guerre… “, a-t-il lancé. 110 personnes salariées travaillent dans nos centres éducatifs, dont seuls deux sont des fonctionnaires, donc des salariés. Comme enseignants, nous employons des étudiants, des personnes qui ont perdu leur emploi. Mon souci, c’est de trouver des moyens de les payer ! Nous avons fondé le “Centre éducatif Saint-Sauveur” dans le centre jésuite d’al-Adawya, au milieu d’une zone de combats. Aux 400 élèves scolarisés ici s’ajoutent le centre scolaire d’al-Waar, avec 200 élèves, un autre centre dans le village d’al-Doueir, avec quelque 200 élèves, et celui d’al-Ard, près de Qusayr, qui accueille 150 élèves. Nous stimulons la solidarité entre les communautés, pour éviter les divisions. Grâce au développement croissant de petites associations, la société civile prend forme et la convivialité au sein du peuple syrien se développe. En ce sens, je suis optimiste pour l’avenir de notre pays.

Source : Entretien avec Jacques Berset/agence APIC

 


 

Retrouvez nos derniers articles sur la Syrie