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Mgr Pascal Gollnsich à propos de la Syrie : " nous nous interdisons de prendre une position politique..."

L’Œuvre d’Orient est dans un souci angoissant et quotidien de la situation en Syrie et ne ménage pas ses efforts pour garder au mieux le contact et soutenir nos amis chrétiens syriens. Nous sommes souvent interrogés sur notre position et notre action, aussi il nous a semblé utile de vous en rendre compte.

D’abord un constat évident : la situation est tragique. Le pays se détruit, morts et blessés se comptent par dizaines de milliers, maisons et infrastructures sont détruites, jetant des centaines de milliers de familles sur les routes…. La crise économique sera durable, le tourisme bien sûr anéanti. Les risques de débordement sont réels vers les pays voisins et spécialement le Liban. La situation militaire, politique et diplomatique est enlisée et aucune solution ne se dessine. Le Conseil de Sécurité est bloqué et les interventions de nombreux pays de la région ne semblent pas dictées par un réel souci du bien des syriens.

Quelle est notre position ?

Il convient de rappeler que l’Œuvre d’Orient est au service de l’Église, nous nous interdisons donc de prendre une position politique. Sur un plan diplomatique, nous nous inscrivons dans l’attitude du Saint-Siège et le souci de paix exprimé par le Souverain Pontife. D’une part il y a un État avec une chaîne de commandement assez claire, d’autre part des rebelles qui sont multiples et qui peinent à s’unifier sous une autorité crédible et responsable. Entre les deux nous ne sommes pas dans une attitude de neutralité, car ce serait déjà prendre une position politique. Nous considérons que c’est aux syriens de décider de l’avenir de leur propre pays, y compris aux chrétiens qui sont des citoyens à part entière. Enfin, et chacun doit le comprendre, une prise de position pourrait menacer les chrétiens des territoires tenus par le camp avec lequel nous donnerions le sentiment de prendre des distances. Cela ne nous empêche pas de réagir en cas de violence contre des populations civiles, d’atteinte aux droits fondamentaux, d’enlèvement ou de séquestration arbitraires. Nous nous efforçons aussi de relayer le point de vue des chrétiens syriens, Patriarches, Évêques, Prêtres, Religieux et Religieuses et laïcs.

Nous avons des contacts discrets mais intenses avec différentes structures privées ou publiques, nationales ou internationales. Il nous a semblé utile de vous faire connaître le point de vue de la diplomatie française grâce à l’interview de Monsieur DUBERTRAND, conseiller du ministre des Affaires étrangères pour les questions religieuses. Nous l’en remercions ainsi que de nos contacts réguliers, même si nous nous situons, comme il le sait bien, sur des registres différents. Les liens loyaux de l’Œuvre avec la diplomatie française à Paris et en Orient sont de tradition sans pour autant prétendre unifier les points de vue. En réalité, dans notre position comme dans notre action, nous avons un seul critère : agir pour le bien des chrétiens de Syrie, spécialement pour ceux qui sont sur place. En agissant ainsi nous sommes convaincus d’agir pour le bien de l’ensemble du peuple syrien comme des autres minorités présentes.

Mais que faire ?

Le premier souci est de nous informer, ce qui est toujours difficile dans une situation de guerre. Si nos amis chrétiens sont prompts à nous mettre en garde contre les médias occidentaux – ce dont nous sommes bien convaincus sur d’autres sujets ! – les médias syriens nous laissent également dubitatifs. Nous privilégions donc les informations du terrain, toujours cependant difficiles à décrypter et à confirmer.

Grâce à l’aide d’urgence demandée et obtenue de nos donateurs nous pouvons faire soutenir les communautés chrétiennes en difficulté, comme par exemple dans la ville de Homs, communautés qui sont, selon leur tradition, au service de l’ensemble de la population. Notre action est aussi auprès des réfugiés, particulièrement en Liban, en Jordanie, et en Turquie.

Nous nous efforçons aussi de “remonter le moral” de nos frères syriens. Une fois de plus les chrétiens d’Orient sont au pied de la Croix et sont confrontés à la d’espérance. Cela passe par l’écoute, grâce aux moyens modernes de communication –quand il n’y a pas de coupure ! -, par l’accueil lorsqu’un passage à Paris est possible, par la prière. Nous devons être prêts à agir et à nous rendre sur place des que les conditions le permettront, conditions dont nous guettons les signes avec anxiété.

A vrai dire, nous aimerions parfois crier publiquement ce que nous avons sur le cœur ; ce serait possible à Paris. Mais nous ne pouvons de déclencher des représailles supplémentaires en Syrie. Que nos lecteurs nous comprennent et nous fassent confiance….

La vie de l’Église a été marquée par le renonciation du Pape Benoît. Son dernier grand voyage à été en Orient, au Liban, afin de remettre son texte post-synodal aux évêques, son denier grand texte pastoral. Parmi ses dernières décisions, le Pape Benoît aura accepté l’élection des patriarches chaldéen et copte. Déjà le Pape François manifeste son intérêt pour l’Orient Chrétien par ses appels à la prière et à la paix. Alléluia !

Mgr Pascal Gollnisch, directeur général

 

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