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Égypte : quelle transition politique ?

Ce samedi 30 juin 2012, Mohamed Morsi a prêté serment devant la haute Cour constitutionnelle, devenant ainsi le premier président démocratiquement élu en Egypte.

Candidat des Frères musulmans, cet islamiste a été élu avec près de 52% des voix, au terme d’une élection considérée quasi unanimement comme libre et démocratique.

L’acceptation de l’élection par la population est un fait majeur. L’élection de son rival Ahmed Chafik, en revanche, aurait suscité des soupçons de manipulation de la part de l’autorité militaire qui contrôle la transition depuis l’éviction de Hosni Moubarak et des émeutes étaient même à craindre.

Il reste que l’on ne sait pas très bien comment va se dérouler la suite de la transition politique.

Ces derniers jours, le président élu a profité des visites protocolaires qui lui sont faites et des rencontres avec la presse ou le corps diplomatique pour rassurer : il se veut “le président de tous les Egyptiens”, n’entend en rien établir un Etat islamique, protégera la liberté de la presse, etc.

Derrière cette façade lisse et consensuelle, les tensions sont fortes et les négociations complexes.

Tout d’abord, le pays n’a pas encore de véritable Constitution et les prérogatives de ce président ont été sérieusement réduites par la Déclaration constitutionnelle du 17 juin 2012 proclamée par le Conseil supérieur des Forces armées (SCAF) et qui tient lieu, pour le moment, de Constitution.

Les militaires ont également fait savoir que dans le nouveau gouvernement le poste de ministre de la défense reviendrait au Maréchal Tantaoui, homme fort du SCAF, qui gère la transition depuis la chute de Moubarak. Formellement, les militaires remettent ce samedi 30 juin le pouvoir suprême au président civil élu, mais le début d’un bras de fer est clairement apparu lors du grand discours prononcé vendredi 29 juin place Tahrir par Mohamed Morsi devant des centaines de milliers de ses partisans Frères musulmans.

Il reste qu’il n’a bénéficié que d’un quart de l’électorat (52% des 51% de votes exprimés) et va donc devoir composer avec d’autres forces politiques.

  • D’un côté, les salafistes qui font de la surenchère idéologique, exigeant déjà que soit inscrit dans la constitution que celle-ci est basée sur la sharia et pas seulement, comme c’est le cas depuis 1979, sur les « principes de la sharia ».
  • Mais il faudra aussi composer avec les libéraux
  • et donner des gages à l’Occident si l’on veut que l’économie redémarre : celle-ci a beaucoup souffert de l’arrêt de l’investissement direct étranger et du ralentissement du tourisme.

La nomination imminente d’un gouvernement et la manière dont sera relancé le processus de nomination d’une Assemblée constituante seront les prochaines étapes à même de nous éclairer.

La rue reste calme, avec, tout de même, une certaine tension au sein de la population, qui souffre depuis 18 mois de la disparition quasi totale des forces de police.

La communauté copte est inquiète, de même que beaucoup de femmes musulmanes qui avaient acquis une certaine liberté dans la société égyptienne de l’ère Moubarak et peuvent redouter le retour d’un conservatisme généralisé, imposé non seulement par le haut mais aussi par le bas.

Le paradoxe du moment est que les plus grands perdants sont ceux-là précisément qui ont été à l’origine du soulèvement de la place Tahrir.

L’Egypte a besoin de retrouver de la stabilité, mais il serait dommage de perdre l’élan qui, l’an dernier, a fait rêver à un véritable changement.

Jean Jacques Pérennès