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[EGYPTE] Témoignage d'Agnès : " Ici, être chrétien n’est pas seulement une religion, c’est une identité "

Notre volontaire Agnès 26 ans, est partie en mission au  dispensaire Saint Vincent, dans le diocèse d’Assiout en tant qu’assistante de soins.


Matin de bonté, matin de lumière !

Bonjour à tous, je vous souhaite aussi un matin de jasmin, de sucre, de miel, ou de fleurs ! Ici, on aime varier ses salutations. J’espère que vous allez bien. Et je profite de cette lettre pour vous souhaiter de belles fêtes ! C’était la fête de Pâques en France, puis chez nous une semaine plus tard. Ensuite c’était la fête de la fin du ramadan pour les musulmans.

 

Une joyeuse Pâques avec les pauvres

Justement, j’aimerais beaucoup vous raconter tout ce que nous avons fait pour préparer cette période de fête. Les sœurs sont parties au Caire pour faire du « shopping ». Au grand souk du Caire, elles ont acheté des centaines de vêtements d’enfants. Nous avons donc reçu beaucoup de vêtements, car les achats sont arrivés par camion, tandis que les chrétiens des environs ont fait des dons aussi. Tiphaine (ma nouvelle co-volontaire) et moi avons trié les chaussures par taille. Puis, telles des vendeuses, nous avons démarré les essayages. Sur plusieurs jours, des groupes d’enfants sont venus par classe, en commençant par les mouvements pour les plus pauvres. Et chacun a reçu des mains des sœurs une paire de chaussures, un pantalon et un T-shirt neufs. Ils étaient ravis ; plus il y a de perles et de paillettes sur les chaussures à talon des petites filles et plus cela leur plait !

Nous avons aussi passé beaucoup de temps à préparer des dons de nourriture. Les familles très pauvres du quartier de Zarabi ont reçu chacune un sac de provision avec des aliments de base (pâtes, riz, lait en poudre, sucre, huile) et de luxe (un kilo de viande fraiche achetée au monastère). Les sœurs ont organisé une grande distribution de nourriture, au moyen de tournées en voiture avec des bénévoles. Certaines familles n’étaient pas chez elles ce jour-là, alors les mères sont venues les jours suivants demander un sac. Voir autant de personnes dans la cour venir demander de la nourriture lorsque je sors de table, me rappelle la chance que j’ai de manger à ma faim.

 

La mission auprès des enfants

Au dispensaire, je m’occupe beaucoup d’enfants. Je donne des collyres (antibiotiques) à ceux qui ont des infections aux yeux (assez fréquentes en ce moment avec le pollen et la poussière. Je fais des injections intra-musculaires (encore d’antibiotiques) à ceux qui ont des infections pulmonaires. Et je fais des pansements ; il y a les petits bobos, mais aussi de grosses blessures pour lesquelles il faut envoyer l’enfant se faire recoudre à l’hôpital; il y a les petites brûlures, mais aussi celles qui couvrent un bras entier. Les enfants jouent près des marmites et sont souvent brûlés par de l’eau ou de l’huile bouillante. J’ai d’ailleurs pour projet de suivre une formation sur les pansements via Internet.

Je passe aussi beaucoup de temps avec les enfants du programme « Better Life ». Les sœurs accueillent les enfants des rues pour du soutien scolaire par des professeurs, et deux repas. Tiphaine et moi, nous préparons des activités pour un moment de détente : des jeux de construction, d’observation, des bricolages. Ces enfants vivent des situations difficiles chez eux, ce qui peut expliquer qu’ils soient durs chez nous : insolents, difficultés à se concentrer, violences. Mais je prends beaucoup de plaisir à jouer avec eux ; et à chercher avec Tiphaine des activités (frisbee, origamis, découpages). J’aime aussi les visiter chez eux, dans le quartier très pauvre de Zarabi. Cela me permet de réaliser ce qu’ils vivent et de les voir chez eux. Ils me montrent la vache dans la maison, les poules et les chèvres sur le toit de chaume.

 

Bienvenue chez les coptes ! 

Ici, les chrétiens sont coptes. Chez les catholiques comme les orthodoxes, la messe est en arabe et en copte (qui ressemble beaucoup à du grec). Ici les prêtres se marient, les messes se prolongent (jusqu’à plusieurs heures). Ils aiment se retrouver le dimanche au monastère et dans les lieux saints où la Sainte Famille est passée pendant son passage en Egypte.

Pendant le carême, l’église paroissiale était remplie de monde pour le chemin de croix. Pendant la semaine sainte, j’étais impressionnée de les voir prier pendant des heures tous les jours à l’église. Ici, les jeunes (étudiants, jeunes professionnels) sont très investis pour leur église, comme bénévoles dans les mouvements de la paroisse.

Ici, être chrétien n’est pas seulement une religion, c’est une identité. En effet, la religion est inscrite sur la carte d’identité. Cette identité n’est pas seulement écrite sur le papier, ou encore sur les murs et les portes de maisons, mais aussi sur leur corps. Les chrétiens se reconnaissent à leur tatouage : ils ont dès l’enfance une croix sur le poignet droit. La décoration intérieure est presque exclusivement religieuse, et ils ont souvent des croix sur la porte d’entrée.

Je rencontre aussi des musulmans puisque mes patients sont pour la plupart musulmans au dispensaire. Certains musulmans confient aussi leurs enfants au jardin d’enfant des sœurs.

 

Confinée mais bien occupée

Ici je suis dans un village assez traditionnel, qui n’a pas l’habitude de voir des étrangers (et sûrement pas des touristes). Je ne sors pas beaucoup, et toujours accompagnée des locaux. Mais les occupations ne manquent pas, car j’ai ma mission le matin et des services variant selon les après-midis. Ajoutez à cela les fêtes (Pâques, ordination, spectacles d’enfants …) et cela fait des semaines bien remplies.

J’apprécie aussi beaucoup les sorties et les invitations avec des amis égyptiens. J’ai pu goûter des plats traditionnels, faire une balade en âne, aller dans une ferme cueillir du « foul » cru, visiter des monastères. J’aime aussi les sorties avec le mouvement Foi et Lumière. Et depuis que les mariages ont repris, j’ai été invitée deux fois en une semaine.

J’étais aussi très contente de pouvoir aller au Caire plusieurs fois ces derniers mois. J’ai pu rencontrer les autres volontaires. C’est très enrichissant de partager nos missions. J’en ai profité également pour faire des promenades et un peu de tourisme. Je peux donc vous conseiller si vous venez au Caire : les pyramides de Gizet, les mosquées de la citadelle, le quartier copte, les mausolées du khan el-khalili, un tour en felouque et de bons restaurants. Vous croiserez aussi surement des frères musulmans, les soldats gardant soigneusement la place El-Tahrir, les populations sans domicile vivant dans les cimetières, ou encore les chiffonniers du Caire.

Cordialement Agnès Briand