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Homs : il faut reconstruire des ponts entre les communautés en Syrie

Leur boussole, c’est la Résidence des Jésuites, à Bustan al-Diwan, où seul reste le Père Frans van der Lugt. Ce religieux hollandais est un “vrai homme”, lance son jeune confère, le jésuite Ziad Hilal, qui était de passage à Paris à l’invitation de l’Œuvre d’Orient.  Ce dernier a fondé à Homs le “Centre éducatif Saint-Sauveur”

 

 

Le Père Ziad vit également à Homs, dans le quartier d’al-Adawya/al-Nouzha, où il s’occupe du “Centre éducatif Saint-Sauveur”, qui scolarise près de 1’300 enfants de toutes les communautés.

A Homs – Au centre éducatif Saint Sauveur

 

“Le Père Frans a transcendé la peur, il a déjà fait don de sa vie… Il veut rester et dit qu’il ne quittera pas le quartier tant qu’il y aura des gens dans le besoin. Il accueille des gens chez lui, également quelques familles musulmanes restées dans le quartier. Il célèbre la messe tous les jours et, tous les dimanches, son homélie est mise sur internet par les jeunes d’al-Hamidiyeh… 20’00 personnes peuvent la lire sur la toile!”

 

Il faut négocier une sortie du conflit

En février 2012, l’armée gouvernementale s’est retirée de la vieille ville, qui a été investie par les groupes armés rebelles. Ceux qui sont restés au milieu des décombres ne peuvent plus sortir depuis un an, car le quartier est encerclé par l’armée régulière. “On ne peut pas se mouvoir de plus d’un kilomètre… Les gens doivent rester sur place. Les magasins sont fermés ou détruits. Les rues sont dévastées, sans eau ni électricité”.

Les chrétiens qui avaient pu fuir se sont réfugiés dans le Wadi Al-Nassara (la Vallée des Chrétiens), à Damas, ou sur la côte de la mer Méditerranée, une région qui est encore tranquille.

Le Père Ziad affirme qu’il faut négocier, se parler, “car c’est le peuple qui est le plus grand perdant”. La situation est humainement très difficile, nombre d’écoles sont fermées, des hôpitaux sont détruits, les gens ont perdu leur travail. “Ils sont fatigués, ils cherchent une porte de sortie!”

 

“Le peuple syrien est bien plus uni que ne le prétendent les médias”

Le jeune jésuite de 38 ans l’affirme avec conviction: “Le peuple syrien est bien plus uni que ne le prétendent les médias. Au plan de l’aide humanitaire, tout le monde travaille ensemble, que ce soit des alaouites, des sunnites ou des chrétiens. On ne distingue pas les communautés, des associations chrétiennes et musulmanes travaillent ensemble à Damas, Homs, Alep”.

“Cette solidarité donne une belle image de l’esprit du peuple syrien et cela montre qu’une réconciliation est possible. On devrait en profiter pour ouvrir un dialogue pacifique. Qu’on montre ce qui est positif chez l’autre, pas seulement ce qui est négatif”.

 

 

Des réfugiés syriens rentrent au pays

Des centaines de milliers de Syriens ont cherché refuge dans les pays voisins: Liban, Jordanie, Turquie.

“La vie y est 3 à 4 fois plus chère qu’en Syrie. Y louer des maisons est souvent hors de portée, comme trouver de la nourriture ou un travail. C’est la raison pour laquelle il y a des réfugiés syriens qui rentrent au pays…”

Dans le “Centre éducatif Saint-Sauveur”, qui dispose de plusieurs filiales dans les quartiers, quelque 70 professeurs se consacrent à près de 1’300 enfants en y offrant notamment des supports psychologiques et sociaux. “On aide ces enfants pour les études, mais également pour qu’ils vivent une vie pleine, en faisant de la musique, du dessin, du théâtre, qu’ils sortent de cette situation de guerre permanente. A part les études nécessaires à une scolarisation normale, nous insistons sur les classes de vie, à savoir la paix, la réconciliation, le respect mutuel”. Les professeurs du “Centre éducatif Saint-Sauveur” sont salariés grâce à l’aide d’associations humanitaires présentes tant en Syrie qu’à l’étranger.

 

 

Il faudrait en Syrie des leaders comme Nelson Mandela ou Mgr Desmond Tutu

Le jeune jésuite déplore que les médias – que ce soit dans le pays ou à l’extérieur – occultent ce qui se passe de positif en Syrie et préfèrent parler de tout ce qui divise. La solidarité existe, des groupes de réconciliation ont été mis sur pied, des comités de dialogue se rencontrent. “Les parties en conflit doivent se mettre à table, négocier, pour tenter de résoudre les problèmes du pays. Cela a pu se passer au Liban, après tant d’années de guerre fratricide. L’Afrique du Sud a pu sortir du régime d’apartheid grâce à des personnalités comme Nelson Mandela et Mgr Desmond Tutu. Il reste toujours de la bonne volonté en Syrie, même si la situation est devenue plus difficile depuis que des armes en quantité sont tombées dans des mains incontrôlées. Il faudrait que les diverses puissances cessent de livrer des armes aux belligérants, si l’on veut entamer un processus de négociation!” JB

Le Père Ziad Hilal a appris le français en Syrie, qu’il a perfectionné en suivant des cours de grammaire et de littérature à la Faculté de droit et de science politique de l’Université d’Aix-Marseille, avant de passer une licence en philosophie et en théologie et un master en théologie au Centre Sèvres à Paris. Outre son engagement intense sur le terrain à Homs, le religieux jésuite prépare encore son doctorat en théologie et en éducation à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth. (apic/be)

 

Source :

Jacques Berset, agence Apic – le 13 février 2013 – http://www.kipa-apic.ch/index.php?&pw=&na=0,0,0,0,f&d=2013-02-13

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TELEVISION : 2 émissions à ne pas manquer

KTO – Mercredi 20 février 2013 : émission “Eglises du monde, spécial Syrie” avec une interview du Père Ziad HILAL

FRANCE 2 – Dimanche 3 Mars 2013 : Mgr Gollnish, invité de l’émission “Chrétiens Orientaux” : Le chemin de Croix des chrétiens de Syrie

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