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J+3 : Des réfugiés au Liban dans un contexte tendu

La matinée commence dans les locaux de la Caritas Liban avec une rapide présentation des actions faites pour les très nombreux réfugiés syriens. Puis départ pour la plaine de la Békaa à la rencontre d’une femme gérant la distribution avant de visiter quelques réfugiés regroupés dans des camps informels ici et là dans la plaine.

Dans le bus les salariés de Caritas décrivent leur quotidien. Des chiffres, des histoires, des actions et des projets similaires à ce que la délégation avait vu en Jordanie, mais un contexte différent et plus crispé. “Les libanais acceptent mal cette présence massive, les réfugiés sont une histoire douloureuse pour le Liban avec les palestiniens, et l’occupation du Liban par l’armée syrienne partie en 2005 seulement est encore vive dans les esprits...” confie l’une d’elle avant de rappeler une fois encore combien les réfugiés sont nombreux, et constituent aujourd’hui 25% de la population présente au Liban. Pour appuyer ce qu’elle raconte, les groupements de tentes sont partout visibles depuis les fenêtres.

Outre une relation difficile, la présence massive et soudaine de ces syriens pose, comme en Jordanie de très nombreux problèmes en terme d’infrastructures avec la gestion des déchets déjà difficile, la pollution, le secteur médical qui n’arrive pas à assumer cette forte demande, l’accès à l’eau et à l’électricité déjà problématique dans le pays, mais aussi la hausse des loyers, le manque de place dans les écoles, le coût du travail : “Les syriens acceptent de travailler à très faible coût, et se mettent également à vendre des produits beaucoup moins chers que le marché libanais, ce qui engendre une vraie baisse du niveau de vie pour beaucoup de libanais” poursuit-elle.

Et pourtant l’aide se met en place, et les bonnes volontés sont nombreuses. 

Arrivée dans un camp informel à Talabayeh, la précarité est évidente au milieu de ces quelques tentes déchirées. Les témoignages fusent assez naturellement. Huit jeunes femmes âgées de 15 à 23 ans sont un mélange de résilience et de détresse. “Avant nous vivions de la récolte du coton, du blé et de concombres, nous n’étions pas très riches mais nous avions la meilleure des vies” confient en cœur ces huit jeunes femmes originaires de la région frontalière de la Turquie. Elles ont parcouru un long chemin à pied avant de prendre une voiture qui les a conduit ici. Deux jeunes garçons de 13 et 15 ans les ont rejoint plus tard. Elles ont voyagé seules avec un oncle, les hommes de la famille ayant choisi de rester en Syrie. La situation était devenue invivable : “il n’y avait plus aucune liberté nous étions pris entre les rebelles et l’armée qui s’entretuaient. Nous avons vu les chars, les armes, les avions et nous sommes partis en courant sans comprendre comment nous en étions arrivés là” regrette Amira.  Leur vie ici est un calvaire que Fatima décrit “nous vivons misérablement, nous craignons la pluie et le froid et nous n’avons rien à faire qu’à nous regarder toute la journée“. Dans quelques jours ce sera pour ces musulmanes la grande fête de l’Aïd mais là encore l’attente est morose : “Nous devrions mettre nos plus beaux habits et nous n’avons rien, pas de repas de fête… Nous allons nous réunir et fêter aussi bien que possible mais nous n’avons même pas toute la famille” poursuit cette jeune femme. Impossible d’améliorer ce quotidien, le travail est difficile à trouver alors elles se partagent quelques jours dans les champs alentour.

Elles n’espèrent qu’une chose pour leur avenir, comme l’écrasante majorité de ces syriens “que la guerre s’arrête le plus rapidement possible afin que nous puissions retourner dans notre pays” explique Saba, et Fatima poursuit “que nos familles soient à nouveau réunies, et que la Syrie redevienne ce qu’elle était”.

Ça et là, ailleurs dans le camp des hommes décrivent une vie trop dure, les enfants racontent leur fuite, décrivent leur peur des bombardements. Une misère immense mêlée à des sourires qu’Amira résume “nous tenons grâce à Dieu qui nous donne la force, et nous avons vécu tellement de difficultés que désormais nous espérons que ça aille mieux“. Avant de partir elle lance, approuvée par ses voisines “merci à tous ceux qui nous aident.

Ecolière de Jordanie

Départ pour un petit village situé à quelques kilomètres seulement de la frontière syrienne. Le père Elias Nasrallah s’occupe depuis bien longtemps déjà des libanais déplacés à cause de la guerre. Un grand centre toujours en construction, des salles de distribution, un dispensaire médicalisé et équipé, des salles de classes, un générateur pour distribuer l’eau dans tout le village… Et partout des affichettes “merci à” telle ou telle organisation qui aide à ce grand projet, parmi lesquelles l’Œuvre d’Orient présente dans la délégation. Ce prêtre dynamique porte ce projet avec une passion telle que les partenaires sont effectivement nombreux. Depuis le début de la crise syrienne, le centre a naturellement ouvert ses portes aux syriens. Au début de la guerre il accueillait 300 familles, et en compte désormais 4000, le petit village est passé de 2500 à plus de 13 000 habitants !

Dans les salles sont empilés des cartons entiers de couches, des sacs de première nécessité, composés de savon, mouchoirs, fèves, riz, thé, eau…. Le centre s’adapte. À côté certaines pièces sont désormais des salles de classes. Chaque jour trois niveaux s’y succèdent pour apprendre l’informatique, l’anglais, le français et jouer. Le maîtresse explique l’ouverture de ces classes “l’an passé tous les enfants syriens étaient accueillis dans les écoles publiques mais ils sont désormais beaucoup trop nombreux et les écoles ne peuvent plus assumer“. Elle se consacre à ces enfants afin de leur offrir la possibilité de réintégrer le système scolaire “j’ai envie de les aider surtout quand je constate qu’ils grandissent dans un climat de violence inouïe” sourit-elle.

 

L’évêque Melkite est auprès de son curé ce jour-là et le remercie encore de ce travail “cette espérance est magnifique, et c’est notre rôle de soulager tant que possible ces souffrances“. Heureux de recevoir cette délégation islamo-chrétienne il conclut sur leur situation “je n’ai dans mon diocèse que 250 chrétiens, nous vivons entre chiites et sunnites sans problème. C’est une grâce et nous espérons du fond du cœur poursuivre cette entente en parlant ensemble“.