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Jérusalem : Revivez la célébration œcuménique historique au Saint Sépulcre

Le pape François a rencontré dimanche le patriarche orthodoxe de Constantinople Bartholomée à la basilique du Saint-Sépulcre à Jérusalem, pour une rencontre oecuménique historique en faveur de l’unité des chrétiens.

Les chefs catholique et orthodoxe venaient de signer une déclaration commune appelant à progresser dans le rapprochement entre leurs Églises, près de dix siècles après le grand schisme qui les a séparées.
Pour le Vatican, cette cérémonie était le point culminant du pèlerinage bref mais dense du souverain pontife dans la région.

François et Bartholomée se sont longuement prosternés tous les deux puis se sont agenouillés, enlevant l’un sa calotte blanche, l’autre sa coiffe noire, à l’entrée de la basilique, site de la crucifixion et de la résurrection de Jésus, selon la tradition chrétienne.
L’assistance a applaudi les deux dignitaires, puis a entonné des chants de grâces en grec et en arabe lors de cette célébration oecuménique empreinte d’émotion et de solennité, auxquels se sont joints les patriarches des treize Eglises catholiques et orthodoxes présentes à Jérusalem.
La prière commune au Saint Sépulcre s’est déroulée dans le lieu le plus sacré du christianisme, où selon les Evangiles, Jésus a été crucifié et enseveli, puis où son tombeau a été trouvé vide à Pâques.

Changer la peur en amour

Dans son discours, le Patriarche Bartholomée a insisté sur le message qui émane du tombeau. Selon lui, ce message déclare « que l’Histoire ne peut pas être programmée, que le dernier mot dans l’Histoire n’appartient pas à l’homme, mais à Dieu. Ce saint tombeau nous invite à rejeter une autre forme de peur qui est sans doute la plus répandue à notre époque moderne : à savoir, la peur de l’autre, la peur de la différence, la peur du croyant d’une autre religion ou d’une autre confession ».

Le Patriarche œcuménique a pointé du doigt le fanatisme religieux qui menace la paix dans de nombreuses régions du globe, où le don même de la vie est sacrifié sur l’autel de la haine religieuse. « Il y a cinquante ans, les feus pape Paul VI et patriarche œcuménique Athénagoras ont changé la crainte en amour. Suivant leurs pas et honorant leur initiative héroïque, nous avons échangé un baiser d’amour, avec le Pape François, a souligné Bartholomée. Tous les chrétiens sont appelés à suivre le chemin de l’amour de la réconciliation, de la paix véritable et de la fidélité à la vérité. Dans leur relation entre eux – quelle que soit l’église ou la confession à laquelle ils appartiennent – apportant ainsi un exemple pour le reste du monde. Le chemin peut être long et difficile, il peut même paraître à certains comme une impasse. C’est le seul chemin, cependant, qui mène à l’accomplissement de la volonté du Seigneur que “[ses disciples] soient un” (Jn 17,21) » a conclu le patriarche de Constantinople.

Vers l’unité

Francois-Athenagoras2Prenant ensuite la parole, le Pape François a invité les participants à accueillir la grâce spéciale de ce moment, à ne pas rester sourds au puissant appel à l’unité qui résonne de ce lieu et à mettre de côté les hésitations héritées du passé. « Certes, a-t-il dit, nous ne pouvons nier les divisions qui existent encore entre nous : ce lieu sacré nous en fait ressentir le drame avec une souffrance plus grande. Et pourtant, en cinquante ans, des pas vraiment importants ont été accomplis vers l’unité. Il reste encore du chemin à parcourir pour aboutir au partage de la même Table eucharistique ; mais les divergences ne doivent pas nous effrayer et paralyser notre chemin ».

Le Pape François a renouvelé le vœu déjà exprimé par ses prédécesseurs, de maintenir un dialogue avec tous les frères en Christ pour trouver une forme d’exercice du ministère propre de l’Évêque de Rome qui, en conformité avec sa mission, s’ouvre à une situation nouvelle et puisse être, dans le contexte actuel, un service d’amour et de communion reconnu par tous.

A la fin de la célébration, François et Bartholomée devaient prononcer ensemble et en italien le “Notre Père”, moment le plus fort de la cérémonie. Les autres patriarches diront ensuite la même prière chacun dans sa langue.
Le dialogue rouvert par François avec Bartholomée, chef spirituel des orthodoxes, s’inscrit dans la lignée d’un sommet il y a 50 ans entre Paul VI et Athénagoras, qui a initié un rapprochement entre catholiques et orthodoxes divisés depuis le schisme de 1054.
Dans leur déclaration commune, le pape François et le patriarche oecuménique de Constantinople s’engagent à oeuvrer ensemble vers l’unité malgré les divisions.
“Notre rencontre fraternelle d’aujourd’hui est un nouveau pas nécessaire sur le chemin vers l’unité (…): celle de la communion dans la légitime diversité”, écrivent-ils.
Sous la devise “Ut unum sint” (“Qu’ils soient un”), le logo du voyage du pape en Terre Sainte montre d’ailleurs l’apôtre Pierre et son frère André, représentant les Eglises catholique et orthodoxe, s’étreignant en signe d’unité sur une barque surmontée d’une croix.
“Pleinement conscients de n’avoir pas atteint l’objectif de la pleine communion, nous rappelons aujourd’hui notre engagement à continuer à cheminer ensemble vers l’unité”, affirment les deux dignitaires religieux.
Même si dans les faits, le patriarche de Constantinople n’a juridiction sur quelque trois millions de croyants (contre 130 millions pour le patriarcat de Moscou), il est le “primus inter pares” pour les orthodoxes.
La déclaration commune salue des progrès accomplis dans le dialogue théologique, qui ne cherchait pas à atteindre “un plus petit dénominateur commun” mais “un exercice de vérité et de charité”.
Elle réaffirme la défense de valeurs communes: “La défense de la dignité humaine dans toutes les phases de la vie, et la sainteté de la famille basée sur le mariage, la promotion de la paix et du bien commun, la réponse aux misères qui affligent notre monde”.
Les autres points soulignés touchent “le don de la création” (la défense de l’environnement), “le droit d’exprimer partout sa foi”, le dialogue avec le judaïsme et l’islam, la préoccupation commune pour les chrétiens du Moyen-Orient — particulièrement en Syrie, en Egypte et en Irak.


Depuis le Concile Vatican II (1962-65), les papes entretiennent des relations chaleureuses avec le patriarche de Constantinople. Un des points du conflit millénaire porte sur le primat du pape romain. Plusieurs pontifes ont engagé des réflexions sur ce point, mais sans jamais le remettre vraiment en cause.

Retrouvez notre dossier spécial sur le voyage du pape François en Terre Sainte