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J+2 : Rencontrer les syriens et lancer l'appel

Départ pour le nord d’Amman, en direction de la frontière syrienne pour la délégation, dans un petit village du nom de Mafraq. En quittant la capitale jordanienne, ce sont des kilomètres parcourus à travers le désert qui mène au village dans lequel un centre Caritas est installé, à quelques encablures de l’immense camp de réfugiés de Zaatari que l’on aperçoit en arrivant. Une étendue infinie de tentes blanches en plein désert.

À Mafraq le centre est à côté d’une école tenue par l’église latine qui ne compte que 90 familles dans les alentours. Sur place une école où 500 enfants jordaniens, en large majorité musulmans, sont scolarisés. Juste derrière la cour de récréation une longue file de syriens attendent d’être enregistrés. La plupart sont entrés illégalement en Jordanie et sont donc passé par le camp de Zaatari. Ils ont fui, où connaissent quelqu’un ailleurs en Jordanie prêt à les accueillir. En attendant ils font appel à Caritas pour être enregistrés.

Ce sont environ 130 syriens qui arrivent à Mafraq chaque jour, sans aucun moyen. Outre l’enregistrement, Caritas a donc installé un préfabriqué dans lequel se font les distributions de biens, mais également de soins.

 

À l’arrivée, Tareq Oubrou et Monseigneur Stenger adresse un mot aux réfugiés, portant le message de cette délégation venue à leur rencontre pour leur dire combien leur souffrance était connue en France, et réaffirmer notre soutien moral en cette période éminemment difficile. Chacun à leur manière ils insistent : “Ce n’est pas pour autre chose que pour vous redire ensemble, chrétiens et musulmans, que nous ne vous oublions pas et que vous êtes dans nos cœurs“. Monseigneur Stenger conclut : “nous sommes tous des croyants et soyez sûrs que nous prions pour vous”. 

 

Une jeune maman s’approche, elle présente fièrement sa petite fille, Rafiaah, née quatre mois plus tôt dans l’hôpital français du camp de Zaatari. Elle est arrivée seule en Jordanie avec ses quatre enfants, car son mari est en prison à Deraa, leur ville d’origine. Ici, elle espère “pouvoir mettre [ses] enfants en sécurité“. Sa voisine est également là avec sa mère, ses quatre enfants dont sa petite fille née ici même sept mois plus tôt. Son mari est resté se battre dans l’Armée Syrienne Libre. Elle aussi espère “la liberté et la paix“, sa mère confie en pleurant “ici, nous nous serrons les coudes mais nos cœurs et nos esprits sont en Syrie”. 

Une troisième confie avoir peur de l’arrivée de l’hiver… Fawaz, 26 ans, attend un peu plus loin, il est entré illégalement un mois plus tôt et attend d’être enregistré : “Je faisais mes études à Hama mais plus rien n’était sûr et j’ai donc quitté le pays, mais mon père est resté se battre, je l’ai souvent au téléphone et la situation est chaque jour pire encore“. Pourtant tous ici ne rêvent que de retourner dans leur pays.

Un mot pour les français ? “Merci de votre aide concrète et de votre soutien“.

 

Retour à Amman pour rencontrer la presse avec une idée en tête, réaffirmer ce soutien après avoir constaté ces situations humaines dramatiques, et lancer un appel à la solidarité. D’une seule voix, la délégation rappelle le soutien inter-religieux, remercie la Jordanie et les jordaniens : “qu’un peuple de 6 millions de personnes accueille autant de réfugiés force notre admiration“, le nombre de réfugiés est en effet estimé aujourd’hui à un million deux cent mille. L’appel est ensuite plus large, tant les besoins sont immenses : “la Jordanie ne peut faire face seule. Cette visite est un appel à notre responsabilité à tous, en France et en Europe pour mettre en œuvre tous les moyens possibles pour l’accueil des réfugiés syriens et pour travailler à l’instauration d’une paix juste et durable“.

Avant de s’envoler pour Beyrouth, ils promettent d’être témoins, en France, de ce qu’ils ont “vu et entendu”.