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La réalité du quotidien, témoignage d'un prêtre cairote

La mobilisation en faveur des chrétiens dans la société

Suite aux attaques contre les églises, une mobilisation a eu lieu dans la société égyptienne au profit des chrétiens. Partout et principalement au Caire, des manifestations se sont organisées regroupant toutes les confessions. L’intelligentsia musulmane est très concernée et s’engage pour modifier les lois.

Mais les réactions ne sont pas partout pareilles et le peuple analphabète reste manipulé par les extrémistes.

Des lois pour soutenir les chrétiens

  • Samedi 15 octobre, l’armée a approuvé une loi punissant les discriminations.

Cet amendement au code pénal prévoit une amende de 30.000 livres égyptiennes (± 3 640 euros) pour toute discrimination basée sur « le genre, l’origine, la langue, la religion ou les croyances ». Et si un fonctionnaire est reconnu coupable, il encourt au moins trois mois de prison et une amende minimum de 50.000 livres (± 6 034 euros).

Certains trouvent cette loi insuffisante : il faudrait également stipuler des droits pour les minorités, pas simplement punir. • Le gouvernement égyptien a promis jeudi 13 octobre d’examiner sous deux semaines la question sensible des permis de construire pour les églises chrétiennes.

  • Les Coptes dénoncent une législation très contraignante pour obtenir des permis de construire ou de rénover des églises, alors que les mosquées profitent d’un régime très libéral et le Conseil des ministres et l’armée veulent “régler la situation des lieux de culte chrétiens sans permis partout dans la République“.

Le 11 mai, le gouvernement égyptien avait déjà annoncé qu’il allait préparer sous un mois une loi pour lever les restrictions sur la construction d’églises et interdire les manifestations devant les lieux de culte, après de précédentes violences meurtrières. Mais cette législation n’a toujours pas vu le jour. Le projet de loi initial devait être une loi commune pour les mosquées et les églises. Cela s’est révélé trop compliqué (proportions… )

Désormais il y a 2 projets de loi en parallèle. Les chrétiens auraient le droit de bâtir une église dans un lieu où il y a au moins 400 chrétiens. Le Père S. soupire « On a beaucoup de lois mais elles ne sont pas appliquées, alors on attend ».

Les réactions européennes embarrassantes pour les chrétiens

Les égyptiens sont très susceptibles concernant les prises de positions des occidentaux, et particulièrement de l’Europe.

Les propos d’Hillary Clinton déclarant que « si le Conseil Suprême Egyptien ne pouvait pas défendre les chrétiens, les américains le feraient » ont été très mal prises. C’était une provocation qui a eu comme conséquence de remonter les musulmans contre les coptes.

Les élections présidentielles : des partis politiques désunis

Des forces en présence demeurent mais les coalitions se déchirent : les Frères musulmans qui regroupaient au départ 30 petits partis, ne sont plus que 3 maintenant.

Les Salafistes sont disloqués et leur unique point de rassemblement est le combat contre les frères musulmans.

Le Parti égyptien libre rassemblant tous les libéraux s’est également déchiré.

Le peuple égyptien doute désormais des élections : l’armée dirige l’Egypte depuis la chute du régime de Hosni Moubarak en février et beaucoup craignent que les militaires veuillent conserver le pouvoir pour camoufler la corruption. Ils y resteront un mandat s’ils sont honnêtes. Sinon ils resteront plus et nous serons alors sortis d’une dictature pour en rentrer dans une autre.

Des répercussions économiques dans la vie quotidienne

« Au Caire, on ne voit plus les policiers : chacun fait donc ce qu’il veut et cela laisse place au chaos, au vandalisme, aux voleurs. Avant la police dirigeait tout. Personnellement je continue ma vie comme avant : je suis prêtre, je me tiens à la règle et je n’ai pas de souci

Le père reconnaît que la situation économique est devenue très dure : pas de tourisme, peu ou plus de production. L’orphelinat dont il s’occupe manque de tout désormais et on y vit moins bien qu’autrefois.

Les deux religieuses qui le soutiennent dans sa tâche font un travail remarquable auprès des 40 enfants, garçons et filles de 3 à 20 ans, avec une espérance : que les enfants grandissent bien. Cette année la plus grande a fini ses études de droit et est rentrée chez son père : « elle est retombée sur ses pieds » nous dit le père dans un grand sourire.


Interrogé en avril dernier sur la situation politique, il nous avait longuement répondu plein d’espoir sur le changement.