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[LIBAN] Le témoignage d'Annette : "La foi est un grand soutien pour tous."

Découvrez le témoignage d’Annette, volontaire depuis cet été à Jounieh au Liban dans l’association Anta Arkhi. 


En revenant de l’aéroport, je passe par le port et le quartier détruit dont les fenêtres ont été complètement soufflées.

Mais je me rends vite compte que cette explosion n’est qu’une (gigantesque) goutte d’eau qui fait déborder le grand vase des problèmes des libanais. Ma quatorzaine m’a laissé du temps pour m’y intéresser et je découvre beaucoup de dysfonctionnements a tous les niveaux. Pour faire rapide, les banques ont prêté au pays beaucoup d’argent qui a disparu. Le gouvernement est très corrompu. Quelques exemples de conséquences : une crise économique qui entraîne une pénurie de dollars et qui fait grimper les prix des produits importes (80% des ressources) et baisser les salaires, le chômage est massif.

Le covid n’arrange pas les choses. Le pays ne fournit quasiment plus d’électricité donc Anta Akhi doit passer sur des générateurs au mazout. Comme cela coûte extrêmement cher, on organise des coupures organisées à certaines heures de la journée (des batteries sont utilisées pour les respirateurs et les frigos). Les libanais sont fatigués, l’espoir s’essouffle, beaucoup partent du pays.

Roula la directrice me parle de la guerre qu’elle a connu : “c’était beaucoup plus violent, vivre sous les bombardements était dur mais il y avait l’espoir et les gens s’entraidaient.” Aujourd’hui le Liban n’a plus confiance en son gouvernement pour relever le pays et doute de l’amélioration de la situation.

Revenons à ma mission : j’ai reçu un super accueil de Lionel, volontaire de la DCC pour un an ici. Il fait de la recherche de financements et de la communication mais actuellement, il y a peu d’événement et une pénurie d’accompagnateurs donc il fait de l’accompagnement par intermittence. Pendant 14 jours j’ai eu du mal à me sentir utile, j’ai lu les dossiers médicaux des jeunes et aide Lionel à trier des photos… C’est un grand bavard et il me raconte tout ce qu’il sait sur le Liban, m’a appris quelques rudiments d’arabe et surtout me parle de Anta Akhi (quelle hâte de commencer !!!).

Après cette quatorzaine : je commence l’accompagnement !! Incroyable ! Riche ! Simple ! Un grand bol d’amour et d’espérance ! Ce foyer de tendresse respire l’amour pour les jeunes, des jeunes entre eux et pour le monde. Ils sont des témoins de la joie dans les difficultés, c’est leur mission. Celle de Dieu pour eux. Pourtant ils en ont des problèmes et c’est un moment particulièrement complique ! Le sens de leur vie est de témoigner, d’interpeller le monde par leur joie malgré leur grande dépendance. Pour que les gens se questionnent et reviennent au sens de leur propre vie. Avant, il y avait des écoles, des séminaires, des invités, des amis qui passaient tout le temps. Jusqu’à une centaine de personnes par jour ! Mais aujourd’hui et depuis mars ils ne voient plus personne, même pas leur famille. Cet isolement est très dur pour eux. La vie spirituelle est très présente : chapelet tous les jours, adoration perpétuelle, messe. . Ils ont une formation spirituelle et existentielle pour les aider à comprendre le sens de leur vie.

Ici je m’occupe de Carole qui a une infirmité motrice cérébrale. Elle est dans un fauteuil et est incapable de faire des mouvements précis et à articuler. Elle est donc complètement dépendante. Mais elle arrive bien à se faire comprendre et est toujours très contente de tout. Je passe du temps à discuter avec chacun et a jouer (au puissance 4!). Cela va surement continuer à mûrir doucement en moi… Je me questionnais déjà sur la fin de vie, la vulnérabilité, le handicap et je pense que cette expérience va me confirmer qu’une vie dans la grande dépendance peut être belle, même magnifique!