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Mgr Antonios Aziz : "Les chrétiens ont un futur au Moyen-Orient"

Mgr Antonios Aziz Mina est l’évêque du diocèse de Guiza (Égypte), le dernier créé par l’Église copte catholique en 2003 pour couvrir notamment la vaste ville nouvelle du 6 Octobre, dans la grande banlieue du Caire. Son diocèse compte environ 5 000 fidèles, répartis dans 10 paroisses servies par 14 prêtres.


Mgr A. : Les chrétiens ont un futur au Moyen-Orient. Rassurez vous.

Ils sont enracinés là-bas. Dieu ne nous a pas mis sur cette terre par hasard, mais pour le témoignage auquel le Christ nous a invités et que nous accomplissons.
L’Église catholique copte est une minorité dans la minorité chrétienne.

Mais le nombre compte peu, ce qui compte est la présence qui témoigne de l’Amour de Dieu. Nos œuvres rendent service à tout homme. Elles rendent témoignage au Christ qui nous a enseigné que mon prochain c’est l’Homme de qui je m’approche, que j’aide”.

Mieux connaitre l’Église copte

Quelles traces a laissé l’assassinat par Daech de 21 Coptes en Libye ? Quelles ont été les réactions des autorités et de la société égyptienne ?

Mgr A. : Je pense qu’il y a deux ou trois ans, rien ne se serait passé. On nous aurait dit : « ah, pauvres chrétiens » et c’est tout. Mais là, les musulmans étaient plus en colère encore que nous. Beaucoup m’ont appelé ou sont venus me voir à l’église, même des gens que je ne connaissais pas : ils pensaient que je recevais les condoléances pour ces pauvres Coptes orthodoxes. Je leur ai répondu : « ils sont Égyptiens comme vous ; moi aussi, je devrais venir vous présenter mes condoléances ».

Si le président a réagi militairement, c’est parce qu’il a entendu la rue. Cette intervention égyptienne en Libye montre bien que désormais, chrétiens et musulmans, nous sommes tous égaux en Égypte. Les Frères musulmans ont réussi à ressouder le peuple égyptien.

La situation n’est-elle pas désespérée en revanche pour les chrétiens en Irak ou en Syrie ?

Mgr A. : Moi, j’ai une foi profonde dans l’esprit humain et je suis convaincu qu’il finira par rejeter le mal. Le mal se désagrège de l’intérieur : on le voit déjà avec les divisions entre Al Nosra et Daech, toutes ces factions qui s’excommunient entre elles… Le bien ne se fait pas entendre mais ses racines sont profondes ; même s’il est une graine, il deviendra une plante.

Nous, chrétiens, ne sommes pas appelés à une vie facile mais à la croix : cela ne veut pas dire que je cherche le martyr, mais s’il se présente je dois l’accepter. Chaque jour, préférer faire la volonté de Dieu est une forme de martyr, de participation à cette vocation. L’important n’est donc pas le nombre de chrétiens mais leur rôle. Le travail que nous faisons donne un vrai témoignage.

Et je peux vous l’affirmer : jamais le Moyen-Orient ne sera vidé de ses chrétiens. Il appartient à ceux qui y vivent : personne ne nous chassera jamais de nos terres.

 Extrait de l’interview par Anne-Bénédicte Hoffner pour La Croix