• Actualités

Retrouvez le discours de Tigrane Yegavian mention spéciale du Prix littéraire de L’Œuvre d’Orient 2020

Ce soir j’ai eu l’immense joie de recevoir avec Pierre Klein auteur d’un livre remarquable sur l’Histoire de l’Eglise d’Orient, le prix du jury de l’œuvre d’Orient des mains de Madame Carrère d’Encausse secrétaire perpétuelle de l’académie française. Ci dessous mes mots de remerciement.

“C’est avec une vive émotion et une profonde gratitude que je vous remercie d’avoir accordé la mention spéciale à mon livre. Écrire à propos des Minorités d’Orient, et plus précisément des chrétiens en ces temps troublés, nécessite une sérieuse dose de foi et de lucidité. Foi en l’espérance chrétienne ; lucidité sur la gravité du sujet, nécessité de ne pas sombrer dans l’écueil de la victimisation et le désespoir.
Enfant de la diaspora, fils d’Arménien de Syrie, petit-fils d’Arménien ottoman, survivant du génocide, je suis fier d’être français et ce que l’école de la République m’a donné. Outre sa langue et son patrimoine, la France nous a fait don de l’esprit critique, de la culture du débat et du vivre ensemble. Autant de valeurs que défend l’Œuvre d’Orient et ses amis.
Nous vivons des temps troublés. Plus que jamais, nous avons besoin de témoigner de ce que nous avons reçu en héritage. Je crois que toute personne ayant reçu une transmission a une responsabilité. Celle de transmettre aux plus jeunes ce que nous sommes. Un peuple monde, que beaucoup auraient aimé réduire à néant, un peuple qui sort de sa réserve quand il se sent menacé. Un peuple dont la sensibilité à dire l’autre, à se mettre à sa place, fait de lui un médiateur par excellence. Un peuple qui bien que meurtri, a su faire de sa blessure une force génératrice de vie, de création et de partage.
Oui, nous vivons des temps difficiles, et alors que notre chère Syrie, notre Liban bien aimé sont plongés dans les ténèbres, je veux croire en la force de la diaspora. Car c’est à mon sens à travers les dynamiques portées par les communautés transnationales que la possibilité d’une renaissance se fera. Elle se fera non pas au nom d’un Dieu qui, pour citer Mgr Gollnisch, serait perçu à tort comme un agent immobilier, mais au nom de la citoyenneté et de la défense de la dignité humaine.
A l’heure où l’Arménie et l’Artsakh font face seules au péril mortel panturquiste et panislamiste, je veux croire en la force des âmes. Celles qui sans haine ni rancœur insuffleront la victoire aux défenseurs de cette terre sacrée. Je veux croire que plus jamais nous ne serons des victimes, mais une nation vivante, témoin de l’espérance en la résurrection en Christ et dont l’expérience humaine nous a appris à tutoyer l’universel.
Je vous remercie.