• Actualités

[TERRE SAINTE] "Un curieux mois de mars à Bethléem" - Témoignage de Marie-Domitille, volontaire en Terre Sainte.

[EDIT] Marie-Domitille a finalement été contrainte de quitter la Terre Sainte pour rentrer en France. Elle ne le savait pas encore lorsqu’elle nous a transmis son témoignage. Nous lui souhaitons un bon retour.


Marie-Domitille, volontaire de L’Œuvre d’Orient en mission à la crèche de Bethléem, a vécu les importantes mesures de confinement mises en place en Terre Sainte. Elle partage ses impressions.


Depuis 15 jours, Bethléem est “sur pause”

Cela va bientôt faire 15 jours que la ville de Bethléem est « sur pause ». Le COVID-19 est arrivé chez nous bien avant de faire paniquer la France. Tout est allé très vite. Au début, les checkpoints ont été fermés entre Israël et Palestine. Tous les touristes rapatriés. Pour moi qui suis à Bethléem, plus de petite virée possible à Jérusalem, qui n’est pourtant qu’à 8 km d’ici. Ensuite, ce fut une interdiction de quitter Bethléem pour se déplacer en Palestine. Maintenant, et depuis une grosse semaine déjà, c’est une belle invitation à rester chez nous.

Bethléem qui est en principe une ville dissipée, est aujourd’hui toute vide et toute triste. Ce qui m’avait marquée en arrivant ici, c’était le bruit ! Souvent les volontaires (ou autres visiteurs) de Jérusalem disent être fascinés par les odeurs, eh bien pour moi c’était le bruit ! Ici, pour exister, il faut crier !

Au début, j’avais du mal à dormir tant les bruits étaient forts : les klaxons, les moteurs trafiqués, les cris, le muezzin, les ambulances pour un oui pour un non. Aujourd’hui, tout est tellement silencieux que nous entendons les cloches de Beit Jala, le village d’à côté ! Je n’avais encore jamais entendu de cloches ici ! C’est pour dire !

 

La ville change de visage

C’est difficile de décrire le décalage qui s’est produit si brusquement. Les rues sont désertes alors qu’avant je devais faire attention à ne pas passer sous une voiture, à ne pas cogner contre un chariot, à ne pas marcher sur les pieds d’un enfant, à ne pas foncer dans un passant, sur l’étalage de fraise, ou dans les tas de falafels… Depuis 10 jours, le souk est vide, toutes les grandes portes métalliques sont fermées à triple tour. La basilique, les moquées, les magasins sont fermés. Il n’y a plus de bus, plus de taxi, plus d’école, plus de pharmacie, plus rien. Deux trois petites épiceries seulement. J’ai même cru comprendre qu’il pourrait bientôt y avoir des problèmes de ravitaillement puisque normalement personne ne peut entrer ou sortir de Bethléem.

Confinés en Palestine, loin des réalités européennes

La Palestine est pauvre, et les soins médicaux sont légers et très chers. En temps normal, c’est déjà suffisamment compliqué. Alors bien sûr, si le virus prend de l’ampleur ici, ils s’en sortiront bien mal. Je crois qu’ils ont vraiment peur.

Les vols pour la France sont désormais impossibles. Le blocus devrait encore durer 1 bon mois, certains disent bien plus. Chacun y va de sa théorie. Peu importe, j’espère en tous cas que Bethléem en sortira sans s’être trop épuisée, et que nous, les 3 petits volontaires isolés de la Terre Sainte, nous garderons le moral et la santé dans cette prison à ciel ouvert !