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Pourquoi faut-il préserver le patrimoine des chrétiens d'Orient ?
La préservation du patrimoine chrétien oriental a toujours été présente dans les préoccupations de L’ Œuvre d’Orient, mais ce n’est que récemment, devant les tragédies traversées par ses pays de mission, qu’elle a décidé d’intensifier ses actions, répondant ainsi à une demande des communautés locales.
À partir de 2012, sous l’impulsion de Mgr Pascal Gollnisch, L’Œuvre d’Orient accorde une attention particulière à la question du patrimoine des chrétiens d’Orient, ajoutant ce sujet à ses préoccupations éducatives, sociales et pastorales. L’abandon des églises et des monastères dans l’Est de la Turquie, les destructions d’œuvres et de monuments par les islamistes en Irak, en Syrie et en Égypte, le déracinement des populations mais aussi l’ignorance, au Moyen-Orient et en Europe, à l’égard de la civilisation du christianisme oriental, justifient ce choix.
Une définition très large de ce que l’on nomme patrimoine s’est imposée d’emblée : monuments, objets liturgiques, icônes, manuscrits, archives mais aussi liturgies, rites, langues, costumes et musiques. Il s’est ensuite agi d’identifier ceux qui connaissent ces richesses et ceux qui savent les protéger, qu’ils soient des membres des communautés chrétiennes, qu’ils travaillent au sein des administrations qui protègent le patrimoine, qu’ils relèvent d’universités ou de centres de recherche.
L’idée même d’un patrimoine du christianisme oriental s’est imposée par étapes. Il est vrai qu’elle n’a rien d’évident : comprendre le lien entre l’art de l’Ukraine, de l’Éthiopie, du Kerala ou du Liban ne s’impose pas de manière immédiate. Il faut appréhender une réalité aux formes multiples dont l’unité tient à la matrice commune de Byzance, de son art et de sa pensée qui se transforment au contact des cultures rencontrées : le monde sémitique de la Mésopotamie, le Caucase, la Perse, l’Inde, l’Éthiopie, le monde slave. En s’associant avec l’Institut du monde arabe pour concevoir l’exposition Chrétiens d’Orient en 2017, en participant à la publication de l’Art des Chrétiens d’Orient[1] par Raphaëlle Ziadé en 2022 puis de la Civilisation des Chrétiens d’Orient[2], L’Œuvre d’Orient a participé à cette reconnaissance manifestée par le décret du 3 octobre 2022 portant la création au Louvre du département des arts de Byzance et des chrétientés en Orient, recommandée dans notre rapport de 2018 au Président de la République[3].
À certains se posait néanmoins la légitime question de savoir pourquoi la protection et la connaissance du patrimoine s’imposaient comme une priorité pour L’Œuvre d’Orient à l’heure où tant de personnes étaient menacées dans leur chair ou enduraient des situations économiques et sociales bouleversées ? Pour y répondre, plusieurs arguments émergèrent peu à peu : d’abord, les communautés chrétiennes orientales demandaient elles-mêmes de l’aide pour que cet héritage soit protégé. Ensuite, ces vestiges du passé avaient une importance fondamentale en ce qu’ils attestaient la présence bimillénaire des chrétiens d’Orient sur leurs terres et leur participation à l’édification des sociétés qui y vivent. Enfin, l’étude et la diffusion de ces richesses artistiques et intellectuelles signalent au monde entier la contribution du christianisme oriental au patrimoine de l’humanité et aident à mieux faire connaître et comprendre leur singularité et leur universalité.
Sur ce fondement, deux objectifs se sont dégagés : renforcer la connaissance du patrimoine des chrétiens d’Orient et entreprendre des actions pour le protéger. Pour atteindre le premier, de nombreuses conférences ont été organisées, des expositions ont été présentées dans toute la France, L’Œuvre d’Orient a alerté l’opinion et les pouvoirs publics des menaces qui pesaient dans telle ou telle région, notamment ces dernières années en Arménie, à Gaza et en Ukraine. Son prix littéraire a encouragé la recherche et les cours de l’Institut chrétiens d’Orient sont venus compléter cet effort de diffusion. Pour réaliser le second, un centre de restauration des manuscrits a été créé au Liban, plusieurs églises et monastères ont été restaurés au Liban, en Syrie et en Irak. Dernières en date, deux églises de Mossoul, ravagées par les combats, ont été rendues à la vie et inaugurées le 15 octobre dernier en présence des autorités civiles et religieuses. En Syrie, un projet avance pour intervenir sur le monastère de Saint Syméon, chef d’œuvre de l’art chrétien dans le pays. Partout des icônes et des manuscrits sont protégés. L’inventaire du patrimoine immatériel progresse, nécessaire pour le sauvegarder.
Cette action a conduit L’Œuvre d’Orient à travailler en lien avec de nombreux partenaires : musées, architectes du patrimoine, institut national du patrimoine, ambassades, autres associations s’intéressant à cette question comme Mesopotamia ou la Guilde, organisations internationales comme Aliph, institutions académiques comme l’Institut national des langues orientales. Elle a aussi renforcé ses compétences en interne. En quelques années, elle est devenue un acteur estimé du domaine patrimonial dans les pays dont elle s’occupe.
Charles Personnaz
[1] ZIADE, R., L’art des chrétiens d’Orient, Citadelles et Mazenod, Paris 2022
[2] PERSONNAZ C., La civilisation des Chrétiens d’Orient, Albin Michel, Paris 2023
[3] Rapport demandé à Charles Personnaz par le Président de la République sur le soutien au patrimoine des minorités du Moyen-Orient et au réseau des écoles chrétiennes francophones.
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