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Chrétiens d'Orient face aux mutations dans le Monde Arabe

1) Changements dans la douleur :

Les changements violents ou pacifiques dans les pays arabes mettent ces pays sur les rails d’une nouvelle voie de démocratie. Un Proche-Orient nouveau commence à naître. Ces changements douloureux pourraient déboucher sur un chaos déstabilisateur sinon conduire à un inévitable retour de l’Islam traditionnel.

Comment accueillir ces nouveaux défis ?

L’Eglise doit faire face et trouver un mode de dialogue adapté à la nouvelle situation. Ce fut le cas plusieurs fois dans l’Histoire… Il faut toujours chercher des pistes de dialogue et points d’espérance… Une tâche difficile mais toujours possible bien que la Croix soit un peu lourde.

2) Enrichissement mutuel :

Les chrétiens d’Orient qui vivent en minorité dans un milieu à majorité musulmane ont un rôle de témoignage évangélique tel un levain dans la pâte. Cette situation dure depuis le septième siècle…

Une vieille expérience qui a fait ses preuves avec des hauts et des bas. Étant chrétiens d’expression arabe, notre présence au milieu des musulmans met notre vie de Foi à leur portée :

  • Ils visitent nos églises ouvertes et accueillantes où les femmes et les hommes prient les uns à côté des autres, un discours muet mais éloquent sur l’égalité.
  • Ils écoutent nos homélies et commentaires d’évangile surtout sur l’écran de Télé Lumière (télévision catholique) qui diffuse en langue arabe sur satellites 24/24 et tirent par analogie un nouveau regard sur le Coran, leur livre saint dicté par Dieu.
  • D’un autre côté les Chrétiens qui observent les temps de prière des musulmans, leur jeûne de Ramadan et leur charité envers les pauvres; se rappellent leurs devoirs de chrétiens et osent afficher davantage leur foi.

3) Cohabitation séculaire :

Les fidèles ont peur d’un intégrisme radical qui pourrait réduire leurs libertés religieuses.

Cette peur est justifiée par les flambées de la violence et les persécutions toujours présentes dans la mémoire collective. Pour se sortir de cette situation, le rôle de l’Eglise consiste à :

  • a. Intensifier le dialogue avec l’Islam modéré toujours majoritaire.
  • b. Éviter les positions islamophobes et encourager les terrains de rencontre dans les domaines de la culture, l’art, le sport et l’humanitaire par exemple.
  • c. Se démarquer des politiques occidentales en conflit avec l’Islam en Europe et ailleurs.
  • d. Insister sur le rôle de ciment et de conciliateur dans les conflits qui opposent nos concitoyens musulmans sunnites et musulmans chiites ou alaouites, tel le cas en Irak, Syrie et Liban. Une mission de paix Évangélique à mettre en valeur.

4) Œcuménisme de fait :

Cette situation d’instabilité et de précarité sociale pousse les petites Églises Orientales à resserrer les rangs et réduire les différences.

Le Synode d’octobre 2010 sur les Chrétiens d’Orient a jeté les bases d’une collaboration indispensable entre les différentes familles ecclésiales du Moyen-Orient.

Déjà le catéchisme se fait en commun, la préparation au mariage, le service des pauvres, le partage des lieux de cultes, etc. Des réunions entre évêques catholiques et orthodoxes se tiennent régulièrement depuis plusieurs années. L’exercice de la charité s’adresse à tous les pauvres et les cas sociaux sans distinction de races ou de religions.

5) Angoisse et Espérance :

La présence massive des réfugiés Irakiens à Damas, bien que dramatique, constitue une grâce, une bouée de sauvetage pour les communautés chrétiennes de Syrie :

Depuis 2003, l’Eglise de Syrie vit grâce à ces réfugiés un renouveau exceptionnel et un précieux dynamisme spirituel.

L’angoisse de ces réfugiés Irakiens est assez grande… Ils ont fui la mort et la violence de l’Irak pour trouver une terre d’accueil bien clémente.. Où repartir ? Leur inquiétude est encore plus grande. Ils ont besoin d’assistance psychologique et de soutien spirituel et humain. Nous ne savons plus quoi faire et quoi dire. Ils passent des heures à l’église, éclairent des cierges devant Notre Dame et se réfugient dans le silence si parlant. Une situation déprimante. Qu’il est difficile d’être chrétien impuissant dans cette situation d’impasse tout en gardant le cap de l’Espérance.

6) Un appel vibrant :

Vivre dans un régime sécuritaire ou sous l’Islam intégriste ?

Les minorités chrétiennes ne pèsent pas ou peu dans les sphères de Décision. Depuis décembre 2010 nous regardons le monde bouger autour de nous à un rythme accéléré sans avoir le temps de réagir …ou plutôt sans savoir comment réagir et quelle partie soutenir. Nous devons ménager le pouvoir en place et regarder avec méfiance la révolte des jeunes, révolte qui finirait probablement par l’installation du régime Islamiste.

Impasse difficile à gérer surtout quand elle est doublée de problèmes économiques aigus et de fragilité sociale.

Le silence et la peur des chrétiens d’Orient ont été secourus par une prise de position de Sa Sainteté BENOIT XVI qui a lancé le dimanche 15 Mai 2011 après la prière de ” Regina Coeli” cet appel vibrant : “… Je demande à Dieu qu’il n’y ait plus de versement de sang…j’invite les autorités et tous les citoyens à n’épargner aucun effort dans la recherche du bien commun et de l’accueil des aspirations légitimes à un avenir de paix et de stabilité..”

7) Synode d’avant-garde :

Devant ces défis qui pressent, les petites Eglises Orientales affrontent un avenir délicat et incertain… Leur silence et leur neutralité sont suspects aux yeux du pouvoir comme au regard des manifestants. Nous sommes déroutés par ces soulèvements et avons le sentiment d’être dépassés par ces jeunes révolutionnaires…

Le syndrome Irakien nous habite…

La peur est neutralisante. La pratique religieuse est en baisse, les enfants ne viennent plus au catéchisme. Déjà la survie de nos petites Eglises repose sur la solidarité ecclésiale. Ce soutien qui concerne les différents secteurs pastoraux : vie du clergé, séminaristes, établissements, dispensaires, catéchèse, camps, colonies, services sociaux, locaux, etc. Sans la solidarité chrétienne la mission s’arrête ; nos communautés dispersées et peu nombreuses n’ont plus les moyens de vivre. Le Synode des Chrétiens d’Orient ” Communion et Témoignage” s’est tenu à Rome en Octobre 2010,c.à.d. deux mois avant l’éclatement des révoltes dans le monde arabe..

Comme si l’Eglise avait bien anticipé la crise en proposant ce Synode qui constitue un guide et un message d’espérance et de paix.

Ce message invite les chrétiens d’Orient à vivre leur citoyenneté à part entière dans leurs pays respectifs où ils y sont dès l’ère apostolique.

 Le Synode nous invite à épouser les problèmes et les aspirations de ces peuples.

La vie chrétienne passe tout d’abord par l’Incarnation.. Seule voie d’avenir dans un monde en transformation.. Saurons-nous être les témoins du Ressuscité sur Terre Biblique assoiffée de paix ?

“..Seigneur, toi qui connais toute chose, tu sais bien que je t’aime.” Jn 21,17

Damas 2011. + Samir NASSAR Archevêque Maronite de Damas