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[ETHIOPIE] Le témoignage de Gauthier et Constance : "Nous avons des rôles très complémentaires dans la vie du prieuré."

Agés de 27 et 25 ans, Gauthier et Constance ont décidé de consacrer leur première année de mariage à une mission pour les chrétiens d’Orient. Leur témoignage à mi- parcours compliqué est fort.


Nous sommes Gauthier et Constance, nous nous sommes mariés en septembre 2019, et avons décidé de partir en mission pour notre première année de mariage. Nous devions partir avec l’Œuvre d’Orient en Terre Sainte en mars 2020. Avec à la pandémie du Coronavirus, les frontières d’Israël ont fermé au moment du départ et nous ont donc obligé à changer nos plans. L’Œuvre nous a finalement réorientés sur une autre mission, à Addis-Abeba en Ethiopie chez les Frères de Saint Jean en attendant la réouverture des frontières israéliennes.

D’une mission qui devait durer seulement quelques semaines, nous voilà encore à Addis après 6 mois ! Depuis mars, nos missions ont été très variées, de cours de français et d’anglais, de traductions d’archives, de montage de projets de financements pour des communautés, organisation et animations de camps pour des jeunes et nous voilà maintenant en charge du chantier de la chapelle des Frères.

Le départ :

Nous avions discerné cette envie de partir en mission depuis nos fiançailles. Tout feu tout flamme nous voulions sauver des chrétiens en Iraq. Cependant, rapidement nous avons décidé qu’il valait mieux se mettre au service des chrétiens d’Orient en général pour l’Œuvre et de leur faire confiance pour le choix de la mission.

Une fois certains que nous allions partir, l’acte à la fois difficile et libérateur qui a tout changé a été pour nous deux, d’annoncer notre départ et de démissionner. Donc, expliquer à nos familles, amis et collègues pour quelles raisons nous partions. La mission avait déjà commencé !

Les frères de Saint Jean en Ethiopie :

Les Frères de Saint Jean sont installés depuis 10 ans en Ethiopie, ils ont trois missions principales à Addis-Abeba : animation de la pastorale des jeunes en Ethiopie, animation de la communauté francophone d’Addis-Abeba, et la formation de frères.

Nous sommes installés dans le nouveau centre des frères sur la montagne d’Entoto. Les bâtiments, auxquels ont contribué à la construction plus d’une dizaine de volontaires de L’ Œuvre depuis 4 ans, sont presque neuf, et assez grand pour accueillir les frères, des jeunes, des volontaires, des familles… C’est une maison qui vit, il y a toujours du passage. La dernière phase du projet de construction de ce centre est la Chapelle pour que tout ce monde ait un endroit dédier pour prier, nous la voyons prendre forme depuis 6 mois.

A cause ou grâce au Corona, nous avons débarqué du jour au lendemain dans la vie des frères et du prieuré. Nous étions avec deux autres volontaires de l’Œuvre. Tout d’abord nous avons donné des cours de français et anglais aux postulants, puis, quand les deux autres volontaires sont partis, nous avons repris le chantier de la chapelle. Depuis début mars, les activités au Prieuré ont été mises en pause, et depuis quelques semaines, elles ont repris, avec prudence et confiance, afin de ne pas laisser cette foi s’endormir dans le cœur des éthiopiens soutenus.

La vie en communauté :

Nous découvrons et partageons la vie en communauté de 8 frères, 2 postulants et 3 volontaires (dont nous). Nous sommes surpris par la jeunesse de ces frères, ils ont notre âge. C’est presque une coloc mais rythmée par la vie de prière.

Nous sommes donc à Addis depuis 6 mois, dans une communauté masculine, où Constance est donc la seule femme. Les repas comme les espaces sont communautaires, notre espace privé de couple est donc très réduit, nous partageons nos joies et nos disputes avec les frères !  Chacun de notre côté, nous avons dû nous adapter, nous à la vie communautaire, et les frères à comprendre nos besoins de couple.

A tout cela on rajoute beaucoup de différences culturelles, il a fallu du temps et des discussions pour se connaitre, et s’accepter tels que l’on est. C’est ce qui fait la richesse de la communauté. Grâce aux frères, nous avons une vie très dynamique à Addis et nous rencontrons beaucoup de communautés, de jeunes, et cela nous permet d’approfondir notre connaissance de l’Ethiopie en profondeur. Sans eux, notre mission n’aurait pas été aussi riche en si peu de temps.

Après cette période où chacun a dû trouver sa place, la cohabitation se passe vraiment très bien. Nous avons cette chance de partager notre témoignage de l’amour de Dieu avec chacun de nos engagements : vie religieuse ou vie mariale.

La mission et la vie de tous les jours :

Quel bonheur de se retrouver à chaque instant de la journée, de déjeuner, de travailler, ensemble. De pouvoir avoir des discussions réelles a n’importe quelle heure de la journée, de ne pas avoir à se passer un seul coup de fil pendant 6 mois. Nous avons la chance de bâtir notre mariage sur cette base qu’est notre vie de mission et dont il restera beaucoup, dans notre future vie en France.

C’est une grande richesse de pouvoir servir l’Eglise en couple, nous apprenons beaucoup sur nous, avons la chance de nous émerveiller et nous étonner ensemble de tout. La construction d’une chapelle est aussi un magnifique symbole lorsqu’on commence une vie à deux, rien ne se construit réellement sans la présence de Dieu.

Nous avons dû trouver aussi chacun notre rôle dans cette mission et ce lieu selon nos appétences et capacités. Gauthier s’occupe du quotidien du chantier, il anticipe et résous tous les problèmes, il passe beaucoup de temps sur le terrain. Constance a plus de responsabilités du côté de la vie du prieuré : organisation des camps, vie quotidienne, ateliers… Elle aide aussi les frères pour l’aspect esthétique de la chapelle ; la croix sur le toit, les meubles et peintures, agencement… Nous avons des rôles très complémentaires dans la vie du prieuré, ce qui nous permet de travailler ensemble sans se marcher constamment sur les pieds, et donc travailler sereinement avec les frères.

Être un couple missionnaire en Ethiopie :

Nous sommes toujours heureux de rencontrer des familles Ethiopiennes et de pouvoir partager sur la vie de mariés avec nos cultures si différentes mais en partageant la même foi et les mêmes sacrements.

Nous avons choisi de vivre une fécondité un peu différente pour cette première année de mariage, mais notre situation ici étonne toujours. Que l’on puisse consacrer cette année à autre chose qu’avoir des enfants surprend, et ils ont bien raison ! C’était aussi un choix difficile pour nous, mais nous sommes plus qu’heureux et chanceux de pouvoir vivre ces moments riches de découvertes et de temps à deux avant de nous consacrer à notre famille.

Nous sommes constamment en contact avec beaucoup de jeunes catholiques d’Addis de tous horizons : des étudiants, des enfants, des jeunes pro, des adolescents… Nous sommes pleinement conscients de notre devoir de témoignage vis-à-vis de notre sacrement du mariage. Comme partout dans le monde, la tendance n’est pas à l’engagement ; nous avons donc un rôle important : montrer que par notre foi et notre engagement, nous pouvons transmettre à notre petite échelle, la joie et les réalités de l’amour familial, malgré toutes les différences culturelles.

Finalement :

S’abandonner et faire confiance. Depuis que nous avons tout lâché (boulot, appartement, famille…) même si ce n’est pas rose tous les jours, nous recevons des grâces par milliers. Au début, nous avons dû prendre sur nous, aller vers l’autre, faire connaître et développer nos talents et nos envies, maintenant, nous récoltons beaucoup de fruits de ces efforts.

Nous ne savons pas comment seront les 6 prochains mois, mais nous avons confiance dans les plans de Dieu pour la fin de notre mission.