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[TERRE SAINTE] Louis et Bertile : "Ainsi notre longue et belle chaîne de rencontres marquantes continue de se créer"

Louis, journaliste de 29 ans et Bertile, éducatrice de 26 ans, ont décidé peu après leur mariage de faire une mission avec l’Œuvre d’Orient en Terre Sainte. Mais pour rallier leur mission à l’Abbaye d’Abu Ghosh en Israël, ils y sont allés à pied, découvrant une vie des paysages et des gens extraordinaires en itinérants mendiants pendant 4 mois. Leur témoignage, comme celui de leur périple est passionnant.


Étonnant, presque anesthésiant d’entrer dans la Ville Sainte, de poser les bâtons, de se poser tout court, sans réaliser que cette fois, c’est fini pour de bon. C’est comme si tout à coup, sans prévenir car on a beau s’y préparer on n’est jamais trop prêt : une grande pendule avait suspendu son cours au-dessus de nos têtes, et du jour au lendemain, on a tout le temps du monde : temps de flâner, de dormir, de se remettre à lire, de commencer doucement à apprivoiser cette Terre entrevue en rêve pendant 140 jours et qui ne se laisse pas appréhender en une fois, ni même en dix. Ni même en quarante-cinq ans, si l’on en croit les Frères et Sœurs.

Étonnement béat de se glisser, après ces mois de nomadisme, dans un lit propre et de se dire qu’il sera le nôtre pour les cent prochaines nuits. On aimait le suspens teinté d’appréhension qui nous faisait nous demander chaque matin : et ce soir ?

On aime tout autant la joie tranquille que l’on trouve à s’installer, dans un petit “chez-nous”.

Étonnement de constater que nos corps se déshabituent à la marche bien plus vite qu’ils ne s’y sont pliés ! Et que les rituels “d’avant” qui nous semblaient si loin, semés quelque-part dans les Alpes, reviennent au grand galop ! De notre pèlerinage, il nous reste quelques petits rayons intérieurs dont nous devrons prendre grand soin, pour que le quotidien et son lot de routine restent…un lieu d’étonnement !

Heureusement, l’Abbaye Sainte Marie de la Résurrection nous y aide. Déjà, parce qu’elle est le lieu de l’étonnement par excellence, celui des disciples d’Emmaüs qui retrouvent, ébahis, leur Christ bien vivant. De cette histoire, on ne peut se lasser, et elle se cache partout pour qui veut bien la voir.

Ensuite, parce qu’elle jaillit comme une improbable surprise au milieu d’un village arabe tout construit, et qu’on se demande comment ses palmiers de vingt mètres peuvent passer inaperçus depuis la rue. C’est sûrement qu’ils se plaisent à garder le secret jusqu’à ce qu’on pousse le portail pour nous happer, en même temps que les fresques, la végétation, les chants et le sourire des bénédictin(e)s qui y vivent. Et nous avec eux à présent ! Ils nous ont accueillis comme une famille, et nous laisserons à coup sûr une partie de notre cœur ici à l’abbaye.

De cette vie consacrée, on n’a sûrement pas saisi le tiers de la beauté, le grégorien nous fait encore bâiller, notre banc reste vide aux Matines et aux Laudes… mais on pressent partout combien leur Règle n’est que la mise en œuvre de l’amour de Jésus, et l’apprentissage de la Liberté avec Lui.

Il n’y a ici ni mines lugubres, ni interminables chapelets, ni pain rassis, ni règles contraignantes. La vie bénédictine est pleine de couleurs : en témoignent les habits bigarrés de nos Sœurs congolaises, de galettes ou de tartes aux fraises, de verres de vin plus souvent pleins que vides, de flûtes traversières et de harpe africaine… Elle sent bon l’encens et le limoncello, les huiles essentielles et l’herbe coupée, elle crépite en un bon feu de bois et nous donnerait presque envie d’y faire notre nid !

Quant à notre mission, elle n’a rien de moins étonnant ! Elle détonne même franchement puisqu’elle nous fait passer quotidiennement d’un univers à l’autre, sans jamais laisser d’empreinte de “déjà vu”.

Il faut dire que passer du rayon théologie  où chaque livre feuilleté est une découverte à la délicieuse odeur de cire fondue où l’on manie des fleurs séchées, tandis que l’amoureux de la terre taille, nettoie, débroussaille et plante, avant d’émailler coupelles et autres biscuits prêts à être enfournés…cela n’a rien de banal. Le jardin qui fait la fierté de la communauté, et on les comprend, se transforme chaque jour sous l’action du soleil, de la pluie et des doigts magiques de ces bénédictins dont les mille talents font vivre et les lieux et les âmes. C’est un honneur et un bonheur pour nous de participer bien petitement à conserver la beauté de ces lieux et de travailler dans divers lieux tous passionnants. Chacun a des missions bien définies : beaucoup de jardinage et de bricolage pour Monsieur, mais aussi du ménage, de la céramique, de la cueillette et de l’épluchage de citrons… Quant à sa femme petit rat de bibliothèque, elle côte des livres tous plus intéressants les uns que les autres, se réjouit de décorer les bougies coulées par Soeur Marie-Judith…

Rien d’étonnant dans le fait que Louis manie l’art de la vente aussi bien que le sécateur : son passé de serveur/vendeur l’y aide bien. En revanche, grande surprise de constater qu’après 27 années de lourd handicap mathématique, Bertille est finalement capable de rendre correctement la monnaie, et dans plusieurs devises s’il vous plaît ! Oui, car le magasin artisanal rempli de mille trésors nous occupe bien, surtout depuis que les vacances scolaires nous envoient des cars entiers de pèlerins soucieux de faire vivre ces belles communautés…parfois tous en même temps !

Pour terminer, nous nous émerveillons quotidiennement des arrivées rythmant la vie de l’hôtellerie. Ici à Emmaüs, lieu de Rencontre par excellence, les chambres se remplissent et se vident, mais leurs occupants laissent toujours quelque-chose dans nos mémoires ; quelle chance de partager les lieux et nos repas avec chaque fois de nouveaux visages ! Jeunes ou plus âgés, couples, célibataires, consacrés, croyants, fraîchement convertis, en chemin…tous ont des histoires passionnantes, des expériences à partager, des témoignages à donner et nous comprenons de plus en plus que chaque personne mérite d’être connue pour ce qu’elle est.

Ainsi notre longue et belle chaîne de rencontres marquantes continue de se créer, maillon après maillon, alors même que notre marche a pris fin. Mais comme on se répète souvent, notre pèlerinage ne fait que commencer !

Merci encore de nous avoir envoyés ici, où nous sentons jour après jour combien la grâce du Christ est vivante et travaillante !